En réalité, Seyed El Labed préparait l'attaque de Djanet en fournissant un contingent tripolitain, des armes et même un canon italien. Sûr de son influence, il encourageait les tribus serves soumises à la révolte.

Au début de l'année 1916, sa propagande devient active et fructueuse, elle provoque des départs en dissidence, quelques désertions de méharistes et ébranle la fidélité de certains caïds ksouriens.

Les relations avec le chef du poste de Djanet, jusque là courtoises, deviennent incorrectes. Abdesselem Chardag Tarhouni (Kaïmakam de Ghat) et Sultan Ahmoud s'agitent à Ghat où ils rassemblent une puissante harka.

Le 6 mars 1916, c'est l'attaque brusquée du bordj de Djanet.

Pendant dix-huit jours, le poste est sous le feu du canon ennemi qui y cause de sérieux dégâts malgré la contre-batterie effectuée par la pièce de 80 mm. Pendant dix-huit jours, une pluie de balles s'abat sur la garnison qui a deux tués et sept blessés.

Le 20 mars, le canon ennemi est réduit au silence; cependant les assiégés se voient coupés de leur seul point d'eau qui est battu par le feu adverse.

Les secours demandés à Fort-Polignac ne sont pas arrivés, le moral s'en ressent. Il faut tenter une sortie.

Le 23, au début de la nuit, une première tentative échoue. Le 24, vers une heure du matin, une seconde réussit et c'est la retraite nocturne, lente, vers le nord-ouest à travers le plateau du Tassili, à la recherche d'un point d'eau.

Le 25, au puits de Tabarakat, Lapierre recoupe les traces du capitaine Duclos commandant le secteur des Ajjer qui, à la tête d'une centaine d'hommes rassemblés en hâte dans la région, vole au secours de Djanet. Laissant sur place le brigadier Buc et les blessés, Lapierre avec une trentaine de sahariens repart vers Djanet sur les traces de la colonne de secours.

Le 26, il arrive sur l'emplacement du combat soutenu par le groupement Duclos qui s'est heurté à Djanet avec ses carabines à la mehalla senoussiste forte de sept à huit cents guerriers et disposant de deux canons.

Dans la nuit du 9 mars deux sahariens avaient réussit à sortir du bordj et à porter un message au pâturage de Tarat parcourant deux cent cinquante kilomètres à travers le Tassili en quatre-vingts heures. Ils furent décorés de la médaille militaire.

Mais le maréchal-des-logis Lapierre croit que le capitaine Duclos a réoccupé le fort. Il tombe sur un détachement ennemi et doit décrocher sous le feu.

Le 27, il passe au tilmas d'Assassou en route pour Essendilen. Mais, sans doute trahi par un auxiliaire qui a déserté la veille, il est attaqué vers 17 heures par une cinquantaine de dissidents embusqués dans les rochers. Bientôt c'est la débandade de ses hommes qui se rendent et s'enfuient et il reste seul avec six fidèles Chaamba. Capturé avec eux, il est emmené à Djanet devant Abdesselem et Sultan Ahmoud.

Le ler avril le brigadier Buc, qui a été trahi lui aussi par un déserteur, est fait également prisonnier. Tous deux sont ensuite transférés à Ghat puis, par l'Oued ech Chergui, le Chatti, Sebha. conduits à Ouaou el Kebir. Là, le maréchal-des logis Lapierre restera de mai 1916 à octobre 1918. Il verra mourir d'épuisement de nombreux indigènes de la région et surtout ses camarades de capitivité.

En automne 1918, seul survivant, il est emmené à Koufra où se trouve l'une des zaouia-mères de la Senoussia. Il y arrive le jour de l'armistice, mais c'est le 30 avril 1919 seulement, à Benghazi, après une marche exténuante, que prend fin sa captivité.

Le maréchal-des-logis Lapierre avait mis à profit sa longue détention pour recueillir des renseignements géographiques et politiques de première importance.

François LAMOUR Vers le Sahara de limafoxromeo


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